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Premier Chapitre

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Chapitre 1

Les déesses terrestres, aussi appelées « Mères terrestres », étaient autrefois des anges à la solde du tout puissant. Ne supportant plus l’autorité de ce dernier, elles prirent la décision de le quitter et de créer leur monde de paix. La première, déesse de l’eau, créa un océan clair et limpide, où quiconque pouvait se désaltérer et naviguer sans danger. La seconde, déesse de la terre, pris l’initiative de former des continents, afin de pouvoir cultiver une nature belle et abondante. La troisième, déesse de la lumière, eut l’idée d’instaurer le cycle du jour et de la nuit. La quatrième, déesse du vent, fit appel à la pluie et au soleil afin que l’océan et les plantes puissent s‘en nourrir. Enfin la cinquième, déesse du feu, pleine de vitalité et de désir, fit naître les Hommes pour peupler ce paradis.

Elles nommèrent leurs chef-d’oeuvre « Le monde d’Umi » et veillèrent dessus …

« … jusqu’à la fin de leur vie. »

Kaïly se tut, les yeux rivés sur les lignes qu’elle avait lues. La chambre était maintenant plongée dans un silence complet, simplement entrecoupé par un tic-tac familier. Une odeur de pin embaumait l’air tandis que la douce chaleur du soleil témoignait de l’arrivée d’un été aride. Le matin était là, aussi resplendissant que les jours précédents.

La jeune fille referma son livre puis vint le poser sur sa table de chevet. Il était temps de revenir à la réalité. Sans un mot, elle traversa la chambre ornée d’or et d’argent avant de pénétrer dans la salle d’eau. Elle retira ses vêtements, se fit couler un bain et entra à l’intérieur. Un soupir d’aise lui échappa. Elle ferma les paupières, cachant ses iris bleutées, et ne songea pas à attacher ses cheveux blonds. Tant pis s’ils étaient mouillés.

Kaïly, de son nom complet « Kaïly Dea Magicae Lux », était âgée de dix-huit ans. Pas vraiment grande, plutôt mince, le corps élancé … Archétype de la princesse belle, polie, instruite et préservée du monde extérieur, tout comme Magicae Lux.

Magicae Lux, son royaume, brillait par son égoïsme et son refus à négocier avec autrui. Ses terres étaient les plus fertiles du continent et permettaient de faire pousser des herbes curatives efficaces. Cependant, il ne daignait marchander qu’avec Cardéa – le royaume le plus puissant du continent – pour une raison inconnue de Kaïly.

Cette dernière sortit du bain après quelques minutes et vint se blottir dans une serviette, puis retourna dans sa chambre et rejoignit la penderie. Elle en sortit une robe jaune rehaussée de noeuds dorés et de dentelles blanches, s’en revêtit, puis enfila des ballerines – de la même couleur que ses nœuds – avant de mettre un serre tête noir.

Elle sortit de ses appartements et se dirigea vers la salle à manger où elle allait retrouver son oncle et sa tante, qui étaient à la fois les dirigeants du royaume et ses parents adoptifs.

« Bonjour père. Bonjour mère. » Salua-t-elle lorsqu’elle entra dans la pièce.

Ils la saluèrent à leur tour et la princesse prit place à table. Le silence s’installa à nouveau sans que personne ne s’en plaigne. Rapidement, le petit déjeuner se termina et Kaïly repartit, se dirigeant cette fois-ci vers son cours d’histoire.

La princesse parfaite. Celle qui ne fait pas de vague, qui suit les règles, qui rend fiers ses proches en atteignant les objectifs qu’on lui donne. Une poupée. Une marionnette, en somme. Sans vie, sans ambition, qui suit simplement les instructions. Sa vie princière était monotone, n’ayant rien à voir avec sa vie d’enfant où elle vivait maintes et maintes aventures avec ses véritables parents, si on pouvait appeler aventure une balade dans la forêt ou une sortie près du lac.

Ses parents étaient décédés quatre ans auparavant. Ils avaient été tués lors d’une attaque de bandits alors qu’ils vivaient avec Kaïly dans un petit village. La jeune fille avait été l’unique survivante.

Elle se rappelait encore du massacre auquel elle avait assisté : des dizaines, à moins que ce ne soit des centaines de cadavres jonchant le sol. Le sang répandu sur la terre, les maisons calcinées, en ruines … et puis cet homme. Cet inconnu qui l’avait sauvée. Elle le revoyait apparaître devant elle, sa cape le cachant entièrement, n’accentuant que davantage le mystère qui planait autour de lui.

La princesse ferma les yeux un instant, n’appréciant pas de se remémorer le passé. Elle préféra songer à sa leçon d’histoire et à son professeur qui allait, pour la énième fois, l’interroger sur les continents de Umi. Leur monde possédait quatre continents : la Morphée, l’Auster, le Ker et l’Hypérion. Ce dernier n’était autre que le continent où se trouvait Magicae Lux, et avait la singularité de toucher le Ker et la Morphée, à l’inverse de l’Auster qui se trouvait seul et entouré par l’océan.

Les pensées de la princesse furent interrompues quand son attention se porta au dehors du château. Elle cessa sa marche et regarda par la fenêtre, observant l’une des troupes de gardes chargée de surveiller la ville. Regardant plus attentivement, elle remarqua que deux des soldats maintenaient un homme par les bras. De là où elle était, Kaïly ne put en voir davantage. Prise d’une soudaine curiosité, elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille et fit demi-tour.

Comme elle le pensait, les gardes se dirigeaient vers la salle du trône. Elle se cacha derrière une statue qui décorait le couloir et épia les soldats entrer dans la pièce. Elle s’approcha ensuite et entrebâilla la porte avec tout la discrétion dont elle pouvait faire preuve.

« Sir, nous avons trouvé trois hommes amochés dans une ruelle, commença l’un des soldats en désignant l’inconnu. D’après les témoignages, ce garçon les aurait agressés. »

Kaïly put apercevoir son oncle froncer les sourcils puis son regard se porta sur l’inconnu. Celui-ci était de dos, frustrant la jeune fille qui souhaitait voir à quoi il ressemblait. Elle tenta tant bien que mal de se pencher un peu plus mais, à son plus grand dam, elle se prit les pieds dans sa robe et trébucha avant de s’écraser sur le sol. Bien entendu, tous les regards se tournèrent vers elle, sauf celui de l’inconnu. La princesse ne put se remettre de ses émotions : le roi se trouvait maintenant devant elle, la colère peint sur le visage.

« Kaïly Dea Magicae Lux ! » S’exclama-t-il, la voix grave.

Elle se redressa rapidement et baissa les yeux, intimidée, pendant que son oncle continuait :

« Puis-je savoir ce que vous faites ici alors que vous devriez être à votre cour d’histoire ?

Excusez-moi, père … Répondit-elle. Mais en voyant nos soldats amener un inconnu, la curiosité a eu raison de moi et je n’ai pu m’empêcher de les suivre. »

Le roi souffla doucement, exaspéré par un comportement aussi puéril, et se rassit. Il regarda ensuite sa fille adoptive et lui fit signe de s’asseoir à ses côtés, le regarde adoucit. Après tout, il était rare qu’elle agisse ainsi.

Kaïly esquissa un sourire, fit une révérence et vint s’assoir. Cachant au mieux l’excitation qu’elle avait de pouvoir voir cet agresseur, la jeune fille posa ses yeux sur lui … et une étrange sensation la submergea. Un frisson la parcourut. Pendant un court instant, son cœur sembla cesser de battre.

Un sentiment inconnu venait de l’envahir.

La princesse cligna des yeux, ne comprenant pas ce qu’elle venait de ressentir. Elle se concentra à nouveau sur le criminel, incrédule. Ce garçon était grand, la dépassant d’au moins une tête. L’allure svelte, il n’en restait pas moins quelque peu intimidant. Habillé d’un costume noir et d’une cravate rouge, il avait de courts cheveux blancs. Mais le plus étonnant dans son physique, c’était sans aucun doute ses iris mauves.

Son oncle rendit le verdict après plusieurs minutes de débat.

« Ainsi, cet homme est condamné à trois ans de prison ferme. Vous pouvez l’emmener. »

Kaïly observa le criminel se faire escorter hors de la salle. Pourquoi ne disait-il rien dit ? N’importe qui se serait défendu ! Pourquoi pas lui ?

Elle ne put se poser plus de questions : maintenant qu’elle était seule avec son oncle, celui-ci allait pouvoir la punir convenablement. Elle n’était pas de nature désobéissante, mais il fallait tout de même sévir.

La nature de sa punition ne fut pas extrême. Elle devait juste rester quelques heures dans sa chambre avec pour interdiction de sortir. Allongée dans son lit, silencieuse, elle attendit patiemment que le temps passe. Mais l’ennui la rattrapa vite et elle se mit à faire les cent pas tout en parcourant le lieu des yeux.

Soudain, un rayon de soleil vint l’éblouir, attirant suffisamment son attention pour qu’elle s’approche de la fenêtre et se mette à observer le paysage. D’ici, elle pouvait presque voir tout l’ensemble du château et une partie de la ville. Magicae Lux était, certes, un royaume fermé, mais on devait bien lui reconnaître sa splendeur. Sa beauté était presque trop parfaite ! Les rues parfaitement droites était encadrées par de magnifiques bâtiments en bois, tous similaire, se tenant les uns à côtés des autres. Il y avait très peu de décoration, mais le charme venait avant tout de la lumière qui se reflétait sur les toitures.

Le regarde de Kaïly s’arrêta sur un bâtiment lugubre et imposant, qui contrastait avec le reste du décor. Gris, parcourut de fissures … La prison. L’endroit où ce garçon était enfermé. Pourquoi avait-elle l’impression qu’il avait été accusé à tort ?

Elle secoua la tête, tentative vaine pour chasser cette pensée, et tourna le dos à la vitre. Elle était Kaïly Dea Magicae Lux, une princesse docile. Une princesse obéissante. Elle devait cesser de réfléchir aux choses superflues et se concentrer sur son rôle. Ignorer son cours particulier pour aller espionner un criminel lui avait largement suffit. Il n’était pas question de recommencer une telle chose. Mais … Une idée lui traversa subitement l’esprit.

Non. Elle devait l’ignorer. Ce n’était pas le moment de s’attirer des ennuis ! Ce garçon était étrange, et il lui avait fait ressentir quelque chose d’exceptionnel, d’incompréhensible, mais ce n’était pas une raison pour … pour …

Kaïly se précipita sous son lit. Elle sortit une vieille cape marron et l‘enfila rapidement, ignorant la petite voix qui la mettait en garde contre ses actions. Son corps angélique se volatilisa. Avec cette cape, elle était méconnaissable !

Elle s’examina rapidement dans le miroir, puis ouvrit la porte et partit en courant dans les couloirs. Son coeur, ainsi que son souffle, s’accélérèrent. Elle désobéissait à son oncle. Elle désobéissait vraiment à son oncle !

Elle arriva miraculeusement dans le hall principal sans se faire voir et se dirigea vers une grande statue de femme, représenter avec une magnifique robe et une multitude de bracelets différents. Kaïly entreprit de lever la main quand des bruits de pas se firent entendre. Paniquée, elle se cacha furtivement derrière la statue et retint sa respiration.

Pendant plusieurs minutes, elle écouta une conversation inintéressante, qui ne tarda pas à être interrompue par un cri :

« La princesse a disparu ! »

Kaïly se crispa. Heureusement pour elle, les hommes s’éloignèrent et elle put de nouveau faire face à la statue. Relevant la main, elle se dépêcha d’appuyer sur l’un des bracelets. Un grincement strident se fit entendre suivi d’un bruit de porte qui claque. La statue bougea doucement, laissant apparaître des escaliers menant à un couloir, où la princesse se précipita avant qu’il ne se referme. Son coeur ne cessait de battre alors qu’une petite voix intérieure la rouspétait de sa bêtise, tandis qu’elle avançait dans ce couloir sombre, seulement éclairé par les faibles lueurs des torches.

Kaïly progressait lentement, avec hésitation. Elle commençait sérieusement à douter de son idée : se rendre en ville pour se renseigner sur cette histoire d’agression était risqué, après tout. Mais quelque chose la poussait à le faire. L’envie d’aider cet homme, la curiosité qu’elle avait envers lui et ce qu’il lui avait fait ressentir. Et puis, surtout … cette excitation, cette envie d’aller contre les règles juste une fois dans sa vie. Pouvoir, ne serait-ce que quelques heures, décider par elle même. Oui … C’était pour tout ça qu’elle était là à présent, dans ce sombre couloir dont elle avait découvert l’existence trois années plus tôt.

Trois ans auparavant, Kaïly avait fait une erreur. Une stupide erreur qui l’avait rabaissée dans l’estime de la famille royale, ne leur apportant que honte et disgrâce. Instable et sensible, elle s’était alors enfuit à travers le château, passant de couloirs en couloirs sans prêter attention à ce qui l’entourait, au bord des larmes.

Dans sa précipitation, elle ne vit pas les escaliers qui menait au hall principal et rata une marche, mais eut le réflexe d’attraper la rambarde de sécurité, manquant de peu la chute. Elle entendit qu’on l’interpellait, ce qui lui fit redoubler de vitesse et dévaler en trombe les escaliers. Elle ne voulait voir personne. Elle ne voulait être vue de personne.

« Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?

­— Que les autres me voient comme moi je me vois. »

C’est à ça que se résumait sa vie, son être tout entier. Cette simple citation, cette simple phrase, exprimait toute l’angoisse dont elle était envahie. On lui en demandait trop. Etre parfaite, elle en était incapable. Restée droite, silencieuse, sage, ça lui faisait peur. Ca la paralysait. « Mais que veux-tu faire d’autre ? » Se demandait-elle alors. Et, dans un soupir, elle répondait toujours la même chose : « Je ne sais pas. »

Elle était arrivée au bas des escaliers, s’était précipitée vers une cariatide1 de femme installée dans un coin isolé du hall. « Je peux me cacher derrière » avait-t-elle pensé. Mais, en observant le marbre avec plus d’attention, un étrange sentiment l’avait envahit. Elle remit par réflexe une mèche de cheveux derrière son oreille et, prise de curiosité, elle oublia pendant quelques instants pourquoi elle fuyait. Elle grimpa sur le marbre, voulant voir avec plus de netteté la personne représentée … et elle glissa malencontreusement. Comme dans les escaliers, elle eut le réflexe de se rattraper au poignet de la statue, appuyant par inadvertance sur l’un des bracelets.

La cariatide s’était mise à trembler. Paniquée, Kaïly avait tout lâché, tombant sur le sol dur et froid. C’était alors dévoilé un passage secret où elle s’était précipitée avant qu’il ne se referme.

Après cela, Kaïly n’avait jamais réutilisé ce passage. Elle avait fait un effort, avait tu ses émotions, et s’était mise en tête d’être parfaite. Les peurs, les appréhensions … Tout cela avait été enfoui derrière son masque d’obéissance.

Ploc.

Une goutte d’eau la ramena à la réalité : elle était arrivée à la fin du couloir, face à un cul-de-sac. Prenant son courage à deux mains, elle s’avança et retira une à une les pierres qui constituait le mur, créant ainsi un passage assez grand pour se faufiler. Elle y avança tout d’abord à quatre pattes, mais grimaça bien vite lorsqu’elle s’aperçut que le passage remontait à la surface. Elle se leva péniblement, fit plusieurs tentatives de saut et parvint enfin, après un bon quart d’heure, à attraper le bord et à se hisser sur l’herbe fraiche.

Elle reprit difficilement sa respiration avant d’observer les alentours : le passage menait dans la forêt qui bordait la ville. Kaïly se redressa. Une nouvelle grimace naquit sur ses lèvres lorsqu’elle vit ses vêtements maculés de terre et d’herbes. Décidément, elle s’était trop habituée à la vie princière. Ses mains lancèrent soudain des piques de douleur, et la jeune fille réalisa qu’elle s’était écorchée. Un soupir lui échappa. Relevant la tête, elle s’engagea sur un sentier qui la mena devant les immenses portes de la ville.

Deux gardes étaient postés devant l’entrée. Kaïly déglutit. Priant pour que les gardes ne la reconnaissent pas, elle s’approcha avec hésitation.

« Qui êtes vous ? Que voulez-vous ? » Demanda l’un des hommes en l’apercevant.

Elle sentit la peur s’immiscer dans tout son corps.

« Je … Je suis à la recherche de nourriture. » Improvisa-t-elle pathétiquement.

Non, elle n’avait rien trouvé de mieux à dire. L’émotion l’avait totalement envahie et son estomac était noué. Les gardes allaient-ils la croire ?

« Et bien vous pouvez entrer chère dame. » Répondit chaleureusement le deuxième garde.

Kaïly sentit un poids disparaître de ses épaules, même si la sécurité du royaume laissait à désirer. Elle remercia les deux hommes d’un signe de tête et pénétra dans la ville. Elle inspira doucement et … se mit soudainement à rire. Un rire nerveux et angoissé. Elle commençait à prendre pleinement conscience de ses actes : elle enfreignait les règles et cela devenait un peu plus terrifiant à mesure que le temps avançait.

Tentant de reprendre son calme, la princesse se mit enfin à observer ce qui se trouvait autour d’elle : les boutiques et les maisons se confondaient, des gens discutaient, riaient … Il y avait même des artistes de rue, comme des musiciens ou des peintres, qui égayaient l’endroit. Toute cette animation impressionna fortement la jeune fille qui était rarement venue en ville.

Elle continua sa route, détaillant tout ce qu’elle voyait avec curiosité. Mais lorsqu’elle passa devant une ruelle, des pleurs parvinrent à ses oreilles. Kaïly s’arrêta, croyant avoir mal entendu. La foule, bruyante, étouffait le son, et l’adolescente dû se résoudre à aller voir par elle même. Alors qu’elle s’avançait, elle put le confirmer : quelqu’un pleurait bel et bien, et c’est en passant devant un tas de caisses que la princesse trouva la cause des pleurs : Une petite fille brune, pieds nus, habillée d’une simple robe déchirée.

« As-tu un problème ? » Demanda doucement Kaïly.

La petite la regarda, puis renifla et souffla entre deux sanglots :

« A cause de moi, le monsieur a été arrêté par les gardes ! »

La petite renifla une nouvelle fois et la princesse fronça les sourcils :

« Un monsieur arrêté par les gardes ?

Oui.

Que s’est-il passé ? »

Ce fut au tour de l’enfant de froncer les sourcils avant de s’exclamer :

« Pourquoi je devrais vous le raconter ? De toute manière, les gardes ne m’ont pas crue ! Et même si vous, vous me croyez, vous ne pourrez rien faire ! »

En entendant cela, Kaïly sut qu’elle n’avait pas d’autre choix que de révéler son identité. Priant silencieusement pour qu’aucun garde ne passe par ici, elle souleva la capuche qui recouvrait son visage et un sourire rassurant vint étirer ses lèvres. L’enfant resta sans voix devant la beauté de l’inconnue, et notre chère princesse fit une révérence tout en se présentant :

« Je me nomme Kaïly Dea Magicae Lux. Ravie de te rencontrer .»

Le visage de la petite s’illumina. Elle bégaya, émerveillée :

« Pr … Princesse. »

Kaïly hocha la tête avant de s’accroupir face à la petite :

« Alors, veux-tu bien me raconter ce qui est arrivé s’il-te-plait ? »

La fillette n’hésita pas :

« Aujourd’hui, ma maman m’avait donné de l’argent pour aller acheter à manger. Mais j’ai pris du retard, et ai donc voulu passer par un raccourci. Tout se passait bien, lorsque trois messieurs sont arrivés. L’un d’eux m’a attrapé par les épaules, et le deuxième m’a arraché mon argent des mains ! »

La petite s’interrompit. Son timbre de voix montrait qu’elle voulait pleurer, triste de ressasser les événements survenus plus tôt. Elle reprit tout de même :

« Le monsieur qui me tenait m’a jetée à terre et a commencé à me donner des coups de pied. J’avais très mal, et j’ai entendu les deux autres rire. Ensuite, ils ont parlé de partager mon argent. Ma maman n’en gagne pas beaucoup, alors je ne pouvais pas les laisser prendre celui qu’elle me confiait ! Donc, quand j’ai senti qu’on arrêtait de me frapper, j’ai essayé de me lever et je lui ai mordu la jambe ! »

L’enfant renifla un bon coup et se frotta les yeux pour effacer les larmes qui commençaient à se former.

« Le monsieur a crié, puis il m’a envoyée contre le mur. Expliqua la petite. J’ai essayé de me relever, mais j’avais trop mal. Puis c’est là qu’il est arrivé …

­— Il ? Demanda Kaïly. Qui ça : Il ?

Le monsieur aux cheveux blancs ! Il est arrivé si vite que j’ai à peine eu le temps de savoir pourquoi l’un des messieurs était par terre ! Puis il a donné un coup de pied dans la tête du deuxième et il a mis un coup de poing dans le ventre du dernier ! »

Kaïly sourit, triomphante. Elle avait eu raison de croire que ce garçon était innocent ! Cette enfant lui prouvait bel et bien !

Mais elle ne put se réjouir davantage.

Quelqu’un posa brutalement une main sur son épaule. La princesse poussa un cri, tourna vivement la tête et blêmit : son regard venait de rencontrer celui d’un soldat.

1Cariatide : Statue de femme, plus rarement d’homme, tenant lieu de colonne.

 

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